Les jeunes de rue : de la connaissance à la prévention, de la gestion des conflits à la protection des professionnels - Présentation de la formation
La formation restituera les recherches que j’ai menées depuis une dizaine d’années. Elles ont porté sur les modes de socialisation juvénile dans les cités HLM en prenant en compte la diversité des ressources économiques, affectives et culturelles des jeunes. Il s’agissait d’éclairer la diversité des trajectoires et des réseaux, et de rompre ainsi avec les schèmes de perception du sens commun qui tendent à homogénéiser cette population.
La jeunesse « de rue » s’est trouvée au centre du dispositif d’enquête (socio- ethnographies, entretiens), une jeunesse qui utilise l’espace public comme un lieu de vie et non comme un simple lieu de passage, perpétuant ainsi d’anciens usages populaires de l’espace, devenus les symboles de la déviance et de l’exclusion.
La cartographie de cet univers social, des liens de solidarité et de concurrence qui s’y observent sur fond de précarité socio-économique, de discriminations et de ressentiment anti-institutionnel, a entraîné la conceptualisation d’un capital spécifique, le « capital guerrier » : une combinaison de force physique, de techniques, de dispositions psychosociologiques (détermination, motivation…) et de relations sociales (fratries, groupes de pairs, réseaux de trafic, etc.), orientée vers l’aptitude au combat et assurant une relative sécurité aux niveaux symbolique, économique et physique. Les coûts d’acquisition (amoureux, familiaux, scolaires, professionnels, amicaux, et bien sûr juridiques, psychologiques et physiques) et les modes de conversion de ce capital, à l’intérieur du microcosme des jeunes « de rue » (accès prioritaire aux ressources symboliques et matérielles, légales et illégales, du groupe de pairs, protection des proches, de leur confort, de leur réputation, de leurs biens…) ou à l’extérieur (dans le milieu sportif ou artistique, dans le champ du travail social, de la médiation ou de la sécurité privée, etc.) ont ensuite été analysés.
Le « jeu social » structuré par le capital guerrier n’implique pas une violence permanente, mais une violence prévisible et légitime (estimée par les pairs), démonstrative et publique, qui permet de confirmer ou de créer une réputation. Il s’agit d’un investissement.
Par ailleurs, ce jeu social dépend de la mise à distance des adultes et des institutions, mise à distance qui se traduit par différentes formes de « loi du silence » (entre soi adolescent, injonctions viriles à l’autodéfense, pratiques déviantes et ressentiment anti-institutionnel de la victime, peur des représailles…) qui se conjuguent et constituent autant d’obstacles au travail social.
Qu’impliquent ces constats pour les travailleurs sociaux, que cela soit au niveau de l’éducation, de la prévention ou de la médiation ?
La formation des 29 et 30 novembre cherchera à outiller les participants sur ces problématiques.
Thomas SAUVADET
Docteur en sociologie, chercheur associé au CERMES 3 (équipe CESAMES)