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Expression ville n°02 - décembre 2010

Edito

Dédale, chroniques de l’égarement

Dans le cadre du programme « Les jeunesses des quartiers populaires en priorité », la projection-débat organisée par le Centre de Ressources le 10 décembre : « Être jeune et sans domicile aujourd’hui » présentera le film Dédale, chroniques de l’égarement, témoignage poignant des souffrances et traumatismes que la survie dans la rue génère, à travers l’expérience et la parole de jeunes SDF.

À l’aube de l’an 2000, ils étaient entre 98 000 et 800 000 dans la rue. Jeunes, leur espérance de vie était de 37 ans.

Ce film, commencé en 1997, a été achevé en avril 2004. Un an d’observation dans un CHRS (Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale, accessible à 10% d’élus) et d’échanges avec des jeunes SDF lors de leurs passages en CHU (Centre d’Hébergement d’Urgence), lieux associatifs, maraudes de nuit… ; plus d’une centaine de personnes rencontrées : SDF, travailleurs sociaux et bénévoles pour rendre compte des possibilités proposées par les aides sociales. Au fil du temps, la richesse intérieure de ces jeunes SDF éclatait, révélant un ordre social dont la force destructrice se confirme. Un film donnant la parole à ces êtres condamnés au silence s’imposait, un portrait de la misère en France où les personnes à l’image reflètent l’ensemble des situations. Leurs propos recueillis révèlent leurs souffrances. Quel regard posent-ils sur la vie ? Quelles blessures les ont conduits à l’errance? Comment tentent-ils d’échapper à la spirale des échecs ? Malgré la détresse, la solitude et le dénuement, ils racontent les luttes, les renoncements, l’espoir…

La forme du film tend vers l’épure.
A quoi bon adoucir les contours d’une réalité inacceptable par une esthétisation de la misère ? J’ai refusé de “créer” ou de recréer l’émotion, abandonné certains effets stylistiques : images et sons conservent leur âpreté à l’instar de l’environnement de ceux qu’ils côtoient. Chacun est filmé en entretien frontal, à hauteur des yeux. Seul. Sa parole exprime son individualité au sein d’une organisation sociale qui ne le reconnaît que derrière un sigle, un masque imposé : SDF.
Ainsi, incarnent-ils les héros d’une nouvelle tragédie où les institutions d’aide deviennent les relais d’un ordre qui nous submerge. Lors des entretiens, j’ai évité d’induire quoique ce soit par respect et par souci d’authenticité. Les plans, maintenus dans leur durée, préservent les particularités du discours. Les silences témoignent de souffrances contenues qui, si elles étaient verbalisées, dévasteraient la personne par leur charge émotionnelle. Seule sur le tournage, je pouvais préserver notre échange. Cette “mise à plat” de l’image et de la séquence m’a incitée à éviter les raccords de montage. La forme épouse mes questionnements. Mais, Dédale, chroniques de l’égarement est avant tout le témoignage d’une rencontre avec des jeunes hommes meurtris. De notre entente est née ce film.

Sonia Cantalapiedra, réalisatrice

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