
Dans le cadre de la rencontre/qualification qui a été organisée par le Centre de Ressources le 9 décembre : Comment monter un observatoire de la jeunesse à partir d’une démarche participative ?
Ce sont les données existantes et leurs zones d’ombres qui ont été le soubassement de l’observatoire.
Davantage qu’un recueil de données quantitatives (statistiques) plus ou moins fiable, nous avons opté pour une démarche d’explicitation des processus sociaux qui posaient question :
Pourquoi les jeunes filles de certains quartiers populaires d’Étampes fréquentaient moins la Mission locale que les jeunes hommes des mêmes quartiers ?
Quelles étaient les difficultés d’insertion spécifique aux jeunes ruraux : une analyse des chiffres du suivi du dispositif POP (parcours d’orientation professionnelle) faisant apparaître d’avantage d’abandon de la part des ruraux par comparaison aux urbains.
Notre démarche a été celle de la sociologie compréhensive : il nous fallait confronter des données objectives (fréquence et accessibilité des transports en commun par exemple) aux représentations des jeunes eux-mêmes. C'est-à-dire accepter d’entendre et de comprendre d’autres logiques que celles dont nous sommes nous-mêmes porteurs.
Les outils de la démarche de recherche ont été co-produits avec les professionnels volontaires de la Mission locale qui ont joué le jeu d’être formés « en marchant ». Cela a des résultats fort intéressants dans la prise de distance et une meilleure compréhension des trajectoires des jeunes.
Associer les jeunes individuellement et collectivement à nos analyses supposait d’abandonner la position de surplomb que confère un statut lié à un soi-disant savoir : sociologue, conseiller…
Il s’agissait aussi de ne pas soustraire des connaissances à ces jeunes sans leur en restituer les résultats : nous connaissons les travaux de Pierre Bourdieu sur l’importance que revêt le capital culturel dans la domination sociale. A l’inverse, la co-construction de la compréhension des processus sociaux avec les jeunes contribue à ce que les anglo-saxons nomment l’empowerment,c'est-à-dire les moyens de développer leur pouvoir d’agir sur leur vie et leur environnement. Établir des relations entre les caractéristiques d’un environnement (économique, organisationnel, social, culturel…) et une trajectoire personnelle permet d’objectiver certaines difficultés rencontrées par les jeunes en lieu et place de ce qui est souvent présenté comme un manque de motivation personnelle.
Ainsi, aussi déroutant que cela puisse paraître, monter un observatoire, non pas « sur » les jeunes mais « avec » les jeunes peut tout à fait être partie intégrante de leur accompagnement, comme pourrait d’ailleurs l’être d’autres formes de participation : conseil d’administration ou conseil d’usagers par exemple.
Anne Olivier, Réseau TessitureS